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L’injonction d’avoir des enfants

21 Avr, 2021Bien-être, PMA

Je ne m’étais jamais posée la question avant, car pour moi, il était normal de vouloir et d’avoir des enfants. C’était un peu l’ordre naturel des choses dans la vie d’une femme.  Pour ma première grossesse, je n’avais jamais remis en question mon désir de maternité, malgré que cela ai mis du temps. Mais pour cette seconde grossesse, qui ne venait pas, cette remise en question est apparue. 

La norme d’avoir des enfants

 Avec le recul, je me rends compte qu’on vit dans une société où la norme est d’avoir 2 enfants. Et si possible, un garçon et une fille. 

Quand on est une femme, qu’on atteint la trentaine, la pression commence à se faire sentir, et encore plus si on est en couple. La fameuse question “C’est pour quand le bébé?” ou “alors, ce 2ème… c’est pour quand?”. Ou “Faut penser à lui faire un petit frère/une petite sœur! Vous n’allez pas le/la laisser seul(e)!” et même “Quand est-ce que tu me fais des petits enfants?”.

Cette pression n’échappe pas non plus les femmes célibataires : “Tu n’as pas peur de ne jamais avoir d’enfants?”. 

Concernant le second enfant, certaines se verront avoir des remarques telles que “Oh tu attends un 2ème garçon! Pas trop déçue?“…

Et puis, quand certaines annoncent leur 3ème grossesse et se voient avoir des remarques du type “C’est un accident ?”, “Mais vous allez vous arrêtez quand ?“….  

 Ce qui me dérange, c’est cette injonction comme quoi, pour être parfaitement heureuse, il faut obligatoirement avoir des enfants. Et si on en a pas, on passe forcément à côté de quelque chose, qu’on va forcément regretter! C’est même limite si on a pas raté notre vie ! 🤷‍♀️ [évidemment, car le rôle de la femme est bien entendu d’enfanter!]. 

 

Cette fameuse injonction sous entend aussi que la maternité est synonyme de bonheur (La maternité, ce n’est que du Bonheur!). Alors que depuis plus d’un an, le fameux hashtag #monpostpartum n’arrête pas de mettre en avant la réalité du postpartum, qu’on parle de plus en plus de la réalité d’être mère, de LA difficulté d’être mère, d’être parent de manière plus générale. Car oui, désolée de vous le dire, surtout si vous vous attendiez à ce que je vous dresse l’univers rose de la maternité, il n’y a rien de facile dans cette aventure. 

 

Pourquoi ce désir d’enfant ?

Pour ma seconde grossesse, j’en suis arrivée à me poser des questions sur ce désir d’un deuxième enfant. 

J’avançais vers mes 37 ans et j’ai devais repasser par la PMA pour cette nouvelle grossesse. Et ce n’est pas parce qu’on se lance dans un parcours PMA que le résultat est garanti. Pour ma première grossesse, je n’avais pas cette pression de l’âge et me disais que j’avais le temps. J’étais très optimiste. 

Pour cette grossesse, du moins pour ce nouvel essai bébé, j’en suis arrivée à me poser pleins de questions :

– Est-ce que je voulais réellement ce second enfant ?

– Est-ce que j’en avais réellement besoin pour être heureuse ?

– Est-ce qu’au final, ma vie avec un seul enfant ne me suffisait pas?

– Pourquoi vouloir absolument ce 2ème enfant ? alors que je savais que ce n’est pas qu’une partie de plaisir tout le temps, que c’est aussi se rajouter des contraintes…

Et puis, à quoi était lié ce désir qui me paraissait très ancré en moi? Du fait que j’ai grandi avec ce modèle de famille? De ce que j’ai pu lire, voir ou entendre ? Du fait de l’image de la famille modèle qu’on voit circuler dans les pub et films ? 

Quoiqu’il en soit, je sais que ce désir était là, en moi, que j’ai aussi mal vécu ce nouvel essai bébé, que je me sentais impuissante face à mon corps, face à la nature. C’est aussi pour cela que je n’ai pas réussi à faire le deuil de cette 2ème maternité. Et même si aujourd’hui, cet essai bébé a eu une fin heureuse, je ne peux pas oublier les différentes phases par lesquelles je suis passée. 

Je crois que je ne me serai jamais posée ce genre de questions si j’étais tombée enceinte ‘facilement’, car cela me paraissait être une évidence et dans la normalité.  

L’injonction d’avoir des enfants me parait importante à aborder, surtout quand je vois certains chiffres:

– Selon une étude allemande, 20% des parents ne feraient pas d’enfants s’ils pouvaient revenir en arrière.

– La dépression postpartum touche entre 10 et 15% des jeunes mères. Dépression en partie due à la pression sociétale sur le rôle de mère.

– En Belgique, on sait que le burn out parental touche environ 8% des parents (je n’ai malheureusement pas réussi à trouver des chiffres pour la France. Néanmoins, on commence à prendre conscience de ce mal qui touche de plus en plus de parents, et surtout les mères).

– Entre 20 et 25% des couples se séparent dans la première année de bébé (le fameux baby clash).

– En 2018, 1 enfant sur 30 a été conçu grâce à l’ AMP

– 145 255 tentatives d’AMP en 2015, dont le taux de réussite n’était que de 17%.

“Alors certes, ce ne sont que des chiffres. Des chiffres qui ne représentent pas la majorité. Et comme pour tous chiffres, ils sont aussi à manipuler avec précaution. Néanmoins, cela peut soulever certaines interrogations concernant ce fameux désir d’enfants. 

Entre les femmes qui rêvent de leur maternité et qui, en devenant mère, réalisent que c’est bien plus difficile que cela, que rien ou presque ne correspond avec ce qu’elles attendaient, celles qui regrettent finalement d’être devenu mère (le sujet du regret maternel est encore un sujet très tabou), celles qui font face à des difficultés à devenir mère pour des raisons diverses et qui sont prêtes à infliger physiquement à leur corps toutes sortes de traitements pour accéder à la maternité … on est en droit de se demander pourquoi la société impose autant cette norme ? Sans compter évidemment l’impact psychologique sur ces femmes, mais aussi sur celles qui n’ont pas d’enfants par choix ou parce qu’elles n’ont pas pu en avoir. 

Pour celles qui n’ont pas pu ou ne peuvent pas en avoir, je trouve cette injonction très culpabilisante. Car malheureusement, elles n’ont pas choisi elles-mêmes de pas pouvoir en avoir. Ce sont des situations qui leur tombent sur le nez et qu’elles sont obligées de subir et “de faire avec”. Cette injonction renvoie à l’incapacité de la femme à ne pas faire ce qu’elle est “censée faire naturellement” : enfanter ! Cela renvoie aussi à l’incapacité de la femme de pouvoir rendre son conjoint heureux en le “privant” de devenir père. 

Ayant moi-même connu un parcours PMA et le lot d’émotions qui l’accompagne, je ne vous cache pas que je m’en serai bien passée : sentiment de honte, perte de confiance, sentiment d’être incomprise, culpabilité, sentiment de ne pas “remplir correctement mon rôle de femme”… Et surtout ce sentiment d’avoir un corps qui ne fonctionne qu’à moitié et qui ne rempli pas sa “fonction première et naturel”.  Et cette honte d’avouer à la société que mon corps ne fonctionne pas correctement. 

 

Et puis, il y a aussi les femmes qui, tout simplement, ne veulent pas devenir mère. Tout simplement parce qu’elles n’en ressentent pas la nécessité. Parce qu’elles sont parfaitement heureuses comme ça. Et c’est aussi leur droit ! Je n’en connais pas beaucoup, mais pour le peu que j’en ai rencontrées, je sais que cette pression est très pesante. Aujourd’hui, on vit dans une société dans laquelle, si une femme a 40 ans et n’a pas d’enfants, c’est tout de suite suspect : elle est tout de suite catégorisée de “trop carriériste”, trop égoïste”… et on “la plaint” car “elle ne sait qu’elle passe à côté de quelque chose de merveilleux !” (comme si la société savait ce qui est bien pour elle”) ou que quand elle se réveillera, il sera trop tard pour elle… (encore une fois, on part du principe que comme c’est une femme, elle doit vouloir des enfants à un moment donné). 

Celles que je connais l’ont décidé en toute conscience et sont d’ailleurs parfaitement heureuses. Elles assument le fait de dire qu’elles préfèrent vivre pour elles, et qu’elles sont aussi libres de toutes responsabilités. 

Sous cette injonction, ce qui me choque le plus, c’est que la société croit aussi qu’une femme devrait faire un enfant pour faire plaisir.

Qui n’a pas entendu la fameuse “Bon, quand est-ce que tu vas me faire des petits enfants?” ou encore ” Il est temps de lui faire un petit frère ou une petite sœur. Vous n’allez quand même pas le/la laisser seul(e)?” ou “Quand est-ce que tu lui fais un enfant”? etc

D’une part, je trouve ce genre de questions hyper intrusives, car on ne sait pas ce que peut traverser le couple / la femme en face de soi (car il/elle peut avoir des difficultés à avoir des enfants, en souffre et n’en parle pas – l’infertilité et les difficultés à avoir des enfants est un autre sujet encore très tabou!). Mais surtout, en quoi cela regarde et en quoi cela concerne les autres ? 

Est-ce qu’on peut juste rappeler que ce ne sont pas grands parents, ni l’éventuel futur grand frère ou grande sœur qui vont élever l’enfant désiré en question ?  On ne fait pas des enfants pour faire plaisir aux autres, mais par choix personnel.  Décider d’avoir (ou pas) des enfants ne regarde que le couple en question. C’est un choix intime et personnel. Car oui, avoir des enfants implique pas mal de choses qu’il faut prendre en compte : il faut pouvoir subvenir à leurs besoins financièrement, c’est aussi plus de responsabilités, plus de contraintes… 

Chacune son bonheur

La question du bonheur est une question qui m’a toujours intéressée et intriguée. 

Ce qui est important d’avoir à l’esprit, c’est que la notion du Bonheur est totalement subjective et surtout très personnelle : ce qui fera mon propre bonheur ne fera pas forcément le vôtre et vice versa. A chacun(e) sa propre définition du Bonheur. Tout en sachant aussi que cette notion n’est pas linéaire et peut évoluer dans le temps. 

En ce sens, on devrait tout simplement laisser la femme décider d’elle-même de ce qu’elle veut faire, de son corps, de sa vie : 

– D’avoir des enfants quand elle en a envie ET quand elle se sent prête

– D’en avoir autant qu’elle le souhaite : 1, 2, 3 ou plus, c’est SON choix

– De ne pas en avoir si elle n’en veut pas

Mais c’est aussi une question de respect : respecter l’intimité de celles qui rencontrent malheureusement des difficultés. Je rappelle qu’on estime à environ entre 15 et 25% des couples concernés par des problèmes de fertilité. Chiffre, en hausse par rapport à l’époque de nos parents et grands parents. Faire un enfant est juste facile sur le papier. Mais aussi respecter le choix de chacune. 

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